26 Aug
Échecs au Maroc : pour une culture de transmission humble

Échecs au Maroc : pour une culture de transmission humble


Parole de terrain. Depuis six ans à promouvoir, organiser et accompagner des joueurs d’échecs au Maroc, j’ai accumulé assez de rencontres pour formuler une remarque qui me tient à cœur. Notre scène échiquéenne devait, à ce stade, être plus forte : en niveau, en quantité de pratiquants réguliers, et en qualité de formation. Pourquoi n’y sommes-nous pas encore ? 

Mon constat — ni procès d’intention, ni jugement — pointe un frein culturel trop peu discuté : la faible transmission humble du savoir.
Chez plusieurs joueurs au-delà de 2000 Elo, j’observe une maturité technique réelle… mais une réticence à transmettre avec patience et modestie. Le savoir circule, oui, mais trop souvent teinté de hauteur et d’ego. Or l’ego est un mauvais entraîneur : il ferme les portes, décourage les jeunes et fragilise l’écosystème. Dans un sport où l’on grandit en apprenant des autres, cette posture coûte cher à tout le monde.


Ce que je propose est simple : remettre la solidarité au centre.

Les plus forts doivent se reconnaître une responsabilité : enseigner sans se grandir, expliquer sans humilier, corriger sans ironie. On ne perd rien à rendre clair ce qui nous paraît évident ; on y gagne même une compréhension plus profonde du jeu.

 Les moins forts ont, eux aussi, un rôle : venir avec l’envie d’apprendre, poser des questions, accepter la critique, persévérer. La transmission est une route à double sens.


À la rentrée de septembre, prenons un engagement collectif : retirer l’ego de l’échiquier pour y poser la pédagogie. Notre objectif n’est pas seulement de voir éclore des titres individuels, mais de bâtir un milieu durable, capable de former des générations. Le Maroc a le talent, l’énergie et l’amour du jeu. 

Ce qu’il nous manque encore tient à une attitude : servir le savoir plutôt que se servir de lui.
Ceci n’est pas un réquisitoire ; c’est un constat et une invitation. Si nous voulons vraiment évoluer, que les plus forts tendent la main, que les moins forts la saisissent — et que l’ego, lui, reste à la porte du club. ! 


Yacine Saadi 

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